Photo de Photo Marianne Evennou

L’INVITÉE DES RECONTRES DE SÉGOLÈNE : MARIANNE EVENNOU, LA FEMME LIBRE

Ce portrait a été réalisé le 20 avril 2015 à l'occasion des "Rencontres de Ségolène" qui sont des dîners de femmes destinés à créer un temps de rencontre et de partage autour d'une personnalité qui livre son parcours de vie dans sa globalité.


Ni plan de carrière, ni stratégie marketing ; Marianne Evennou, créatrice d’intérieurs de profession et électron libre de nature, travaille pour le plaisir et la rencontre. Portrait d’une hédoniste inspirée.

Par Caroline Castets

D’emblée, elle tient à ce que les choses soient claires : elle n’est ni une femme de réseaux, ni une femme d’intérêts. Elle n’aime ni les clubs fermés ni les langages codifiés.  En réalité, elle  n’aime pas « les systèmes ». Aucun système. Pas plus ceux qui font les hiérarchies que ceux qui défont les modes. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Marianne Evennou, créatrice d’intérieurs de profession et électron libre de nature, préfère les converses aux escarpins et le pastis au champagne. Ce qui ne l’empêche pas de savoir, mieux que personne, écouter ceux qui font appel à elle pour leur créer un intérieur sur mesure. Non pas « un décor ou une vitrine » mais un lieu de vie à leur image. « Un refuge ». 

Elle est comme ça Marianne :  juste assez rebelle pour échapper aux cadres.  Juste assez libre pour tracer sa propre route, loin des attentes des uns et des autres et, parfois même, loin des siennes. Car à l’origine de son succès actuel - celui qui, il y a quatre ans, l’a propulsée en couverture des magazines déco - il n’y a ni plan de carrière,  ni stratégie marketing. Uniquement de l’instinct et de l’envie ; de l’humain, en somme, et aussi un peu de hasard.  Et il en fallait pour que celle qui dit s’être toujours sentie plus à l’aise « en position de retrait » que sous la lumière des projecteurs, saute le pas et se réinvente, à 50 ans, architecte d’intérieurs. Elle le reconnaît : cette reconversion s’est opérée sans véritable prise de décision.  « Si cela avait du être le cas, je n’aurais jamais osé, assume-t-elle. Cela s’est fait malgré moi. ».

UN CERTAIN REGARD

Mais parfois, Marianne le sait, il faut laisser faire ; « Croire que la vie peut être magique ». Oser et se dire :  on verra bien. Ce qu’elle a fait en acceptant - elle, la « femme d’intérieur » peu habituée à se livrer - de participer aux Rencontres de Ségolène et de venir s’y raconter « comme elle construit ses appartements » : sans fioritures ni effets de styles. Simplement. Ce soir de mars, la voilà donc devant un public de 20 femmes venues à sa rencontre. Elle parle et le charme opère. Elle raconte les origines de sa créativité. Celles enfouies dans l’enfance et même avant, dans ses racines de petite fille de juifs allemands émigrés en France pour fuir le nazisme, dans son passé de « fille de l’Europe » qui, à l’ombre de Mai 68, grandit « à cheval entre plusieurs cultures » au sein d’une famille recomposée et d’une fratrie bigarrée. Dans cet héritage familial qui, dès le départ, lui inculque le respect de la différence, lui donne le goût du métissage et la dote d’un certain regard. « Critique sur la société, ses diktats et ses idées reçues », ouvert sur le monde et ses possibles.

A l’origine de son succès actuel,
il n’y a ni plan de carrière, ni stratégie marketing.
Uniquement de l’instinct et de l’envie.

De son histoire elle conserve le sentiment d’un devoir à accomplir - celui d’être heureuse - et une solide prédisposition à contester l’ordre établi. Heureusement, puisque c’est ce qui la pousse à renoncer à une carrière toute tracée de spécialiste du tourisme d’affaires au sein de la Chambre de Commerce de Paris… Un rôle qu’elle tiendra quelques années avant de s’y sentir à l’étroit. La rencontre avec Franck, artiste sculpteur, quelques années plus tôt, avait allumé l’étincelle. L’arrivée de leur premier enfant, rapidement suivie de celle du second, va mettre le feu aux poudres. Soudain, la Chambre du Commerce lui apparaît comme une « vieille dame fatiguée », un espace clos, pétri de règles; Un espace où, désormais, elle s’ennuie.

DONNER A VOIR LE BEAU

Six ans après y être entrée elle le quitte pour prendre la tête d’une maison d’édition de tapis d’artistes.  Le changement de décor est radical mais qu’importe puisque, Marianne le sait maintenant, ce qui l’amuse  « c’est créer les choses » et aussi, « donner à voir le beau ». Et pour cela, aucun doute, elle a un don. D’ailleurs,  le succès survient sans qu’elle y soit préparée. Et avec lui, les articles de presse, l’affluence aux expositions… Mais Marianne est déjà ailleurs ; Tournée vers une autre aventure. « Celle de sa vie » avec deux enfants à coté de qui elle ne veut pas passer et un mari dans l’activité duquel elle souhaite s’investir. Ni structure, ni contrainte :  la formule est idéale. D’autant plus adaptée qu’elle lui permet de faire ses premiers pas dans un univers qu’elle va peu à peu s’approprier en repérant, rachetant et rénovant des maisons qu’elle perçoit, déjà, « comme des lieux d’expression ludique, des espaces de tous les possibles ».

Le départ des enfants va bouleverser les équilibres. Eux partis, l’activité de Franck sur orbite,  la mission qu’elle s’était confiée est accomplie. Et pour elle qui se sait « invendable sur le secteur privé », le choc est rude ;  la transition douloureuse.

C’est alors qu’on la sollicite pour décorer une maison à Senlis. Elle accepte comme on saisit une main tendue ;  « Pour se soigner ». Le premier chantier achevé un autre survient, puis un troisième. En quatre ans, elle en réalise une trentaine ; Des projets hétéroclites, choisis sans critère de taille ou de budget - elle travaille aussi bien sur des lofts de communicants parisiens que sur les 15m2 des copains de ses fils - et uniquement pour le plaisir qu’elle  y trouve. Celui de créer et d’en tirer « une belle histoire », à la fois humaine et architecturale.

UNE PART D'HUMANITE NON NEGOCIABLE

Une fois encore, le succès la prend par surprise. Les demandes d’interviews affluent - l’un d’eux met fin à l’ambigüité de son statut en la qualifiant pour la première fois de « créatrice d’intérieurs » - les commandes aussi. Au point de la contraindre, une nouvelle fois, à se réinventer ; A renoncer en partie au confort d’une forme d’artisanat, informel et instinctif, pour professionnaliser son approche et y introduire une dose de rigueur.  « Moi qui déteste les systèmes, je me retrouve aujourd’hui à la tête d’une entreprise qu’il faut faire fonctionner, avec toutes les contraintes que cela implique…» résume Marianne Evennou qui, quoique prête à consentir certains sacrifices pour « voir l’aventure continuer », demeure intraitable sur l’ambition de départ. « Chaque chantier doit rester une aventure émotionnelle avec, à la base, une rencontre ; un lien qui se crée et perdure après la fin du chantier. Cette part d’humanité est essentielle pour moi. C’est la condition même de mon travail ».  Et celle-ci est non-négociable. 

Chaque chantier doit rester une aventure émotionnelle
avec, à la base, une rencontre.
C’est la condition même de mon travail. » Et celle-ci est non-négociable.

Pour le reste, l’étendue des possibles est sans limite pour cette architecte en début de carrière qui avoue des projets « pour les 20 ans à venir » et une fierté certaine. Celle d’avoir réussi sa reconversion, bien sûr, mais aussi et surtout, celle de l’avoir fait après 50 ans et, ce faisant, d’avoir « bravé le système qui, passé cet âge, vous donne comme professionnellement fini ». Une preuve supplémentaire que, décidément, les règles établies ne sont pas pour elle.

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