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LA DERNIÈRE INVITÉE DES RENCONTRES DE SÉGOLÈNE : ANGÉLIQUE GÉRARD, LA BATTANTE

Ce portrait a été réalisé le 30 juin 2017 à l'occasion des "Rencontres de Ségolène" qui sont des dîners de femmes destinés à créer un temps de rencontre et de partage autour d'une personnalité qui livre son parcours de vie dans sa globalité.

 

Femme de tête et de défis longtemps nourrie à la performance professionnelle et à l’endurance personnelle, Angélique Gérard fait, « sur le tard », l’apprentissage d’une autre forme de bonheur, déconnecté du monde de l’entreprise et de ses exigences. Une corde supplémentaire à l’arc de cette battante qui, aujourd’hui, prône l’enchantement au travail et le respect de la vie privée ; le goût du partage et l’équilibre des forces.

 

Par Caroline Castets

 

À l’entendre évoquer ses journées de dix-huit heures en openspace, ses 7000 collaborateurs, ses interventions en cabinet ministériel et son dîner dans les salons de l’Elysée, difficile de déceler chez Angélique Gérard, cheville ouvrière du succès d’Iliad, figure historique de Free et partenaire de la première heure de Xavier Niel, l’enfant timide, pétrie d’interdits et disciplinée à l’excès par une éducation en vase clos. Difficile, également, de percevoir chez cette grande blonde à la féminité assumée une réminiscence du garçon manqué, adepte de Kickers et de sport à haute dose, qu’elle restera des années durant. Jusqu’à ce que sa mère, lucide et discrète, la pousse hors de la voie toute tracée par un père de famille autoritaire et rigide, l’incitant à emprunter des chemins de traverse qui, au fil des ans, lui tiendront lieu de fenêtres ouvertes sur l’extérieur. Ceux du sport, dans lesquels elle cumulera performances et trophées, ceux du théâtre, qui lui apprendront la confiance et lui donneront un début d’assurance; ceux, enfin, des concours de beauté, au travers desquels elle gagnera une féminité et une première forme de liberté.

 

Discipline et endurance

Cette liberté qui, après lui avoir tellement fait défaut à l’adolescence lui sera brutalement imposée à la veille de la maturité, lorsque la séparation de ses parents la fera soudainement passer du statut d’enfant surprotégée à celui de soutien de famille assumé. Une émancipation subie qui, en la contraignant à mener de front études et petits boulots, agira pourtant comme une libération, révélant chez la jeune femme discrète et en retrait une endurance et un pragmatisme qui, rapidement, se révèleront des atouts clés, lui permettant de forcer le destin et de dépasser les réticences. Les siennes et celles des autres.

« Cette période m’a permis de me découvrir une énorme capacité de travail, se souvient-elle. Elle m’a appris à passer à l’action sans me poser de questions, sans regarder en arrière. Elle m’a construite ». Dotée d’une capacité à forcer les portes et à bousculer les aprioris. À tracer sa route avec la détermination tranquille de ceux qui n’ont ni temps à perdre, ni états d’âme à surmonter. « Aujourd’hui, je trouve des solutions, quoiqu’il arrive ; je ne m’inquiète jamais. Je gère et je vais de l’avant », résume celle qui, entrée à 24 ans chez Iliad avec pour mission d’y créer en quelques semaines la première plateforme de renseignements téléphoniques et, pour seul bagage, un DUT en technique de commercialisation et une expérience d’attachée commerciale chez France Télécom, se retrouve neuf mois plus tard propulsée directrice de la hot line de Free qui en est aux balbutiements du fournisseur d’accès internet; confrontée à un défi à sa mesure : surdimensionné.

 

« Aujourd’hui, je trouve des solutions, quoiqu’il arrive ; je ne m’inquiète jamais. Je gère et je vais de l’avant »


Addiction

Aujourd’hui encore, elle se souvient de cette époque comme d’un baptême du feu. « Xavier Niel m’avait confié la direction d’une équipe de 92 personnes - essentiellement des hommes - dont un repris de justice : tous auto-recrutés, autogérés, fonctionnant en clan, sans aucune règle ni autorité… » Angélique est jeune, jolie, inconnue au bataillon… le choc est brutal. Des mois durant elle essuie révoltes larvées et tentatives de harcèlement à peine dissimulées. Elle tient bon, pourtant. En quatorze mois, elle porte plainte à six reprises, se sépare de 90 personnes, structure le business model, développe l’activité et participe à la propulsion de l’entreprise vers des niveaux de croissance inédits.

À l’origine de ce tour de force, pas de recette miracle ni de soutien haut placé mais une capacité, héritée de l’enfance, à se reconnaître dans « un mode de gestion radical où il faut travailler d’arrache-pied quoi qu’il arrive, être disciplinée ». Sans horaires ni week-end. Sans temps pour soi ni pour celui qu’elle a épousé quelques années plus tôt et avec qui finira par s’instaurer, au fil des ans, « une forme de collocation ». Une vie de couple en pointillés, menée en marge d’un quotidien dédié au travail, addictif et passionné. « Je me rends compte aujourd’hui que ce degré d’engagement  n’était pas normal, concède Angélique ; mais pour rien au monde je n’y aurais renoncé ». Un choix qui lui coûtera son premier mariage mais lui vaudra une ascension fulgurante dans la hiérarchie du groupe. De quoi assoir définitivement sa légitimité au sein de la profession, sans pour autant faire taire ses propres doutes. À commencer par ce « sentiment d’imposture » qui, alors qu’elle gère déjà 2000 collaborateurs, la pousse - « pour gagner en légitimité, en assurance… » - à reprendre des études financées par un crédit à la consommation - Xavier Niel lui ayant refusé la prise en charge d’une formation « dont, estime-t-il, elle n’a pas besoin »… - à l’’INSEAD d’abord, puis à HEC et l’Institut Multimédia à Normal sup.

À cet apprentissage s’en ajoute un autre, aux effets décisifs lui aussi : celui de l’ouverture à ses propres envies. Celui du plaisir et d’une forme de bonheur inédite parce que déconnecté de l’univers du travail et de ses exigences.

 

« J’ai eu beaucoup de chance. Cela me donne un vrai devoir d’accompagnement et d’aide aux autres. »


Enchantement

Un bouleversement pour Angélique qui, après s’être conformée au rôle d’enfant modèle des années durant, avait endossé comme une évidence celui de salariée modèle, « corvéable à merci, infatigable, enfermée dans une logique de performance et de dépassement constants… ». Passant d’une forme d’exigence à une autre, « d’un modèle d’abnégation à un autre ». Un schéma dont elle mesurera les limites et les risques à la rencontre de l’homme avec qui, en l’espace de quatre ans, elle aura trois enfants. « Avec lui, confie-t-elle, j’ai découvert les soirées qui finissent tard, la fête, le plaisir… ». Une forme de vie sociale et familiale dont, sans en avoir conscience, elle avait toujours été privée, victime consentante d’un système qui lui convenait en dépit, elle le reconnaît, d’une certaine aridité. D’où son attachement aujourd’hui à « enchanter la vie au travail » en créant des parenthèses de plaisir partagé, en cultivant l’humain, l’écoute et, aussi, une forme de gratuité dans les rapports professionnels aux travers d’activités de mentoring aptes à corriger chez d’autres les excès qui ont sans doutes été les siens. À les aider à conjuguer vie privée et vie professionnelle, respect de soi et esprit de groupe, enchantement et performance. ..  Ce qu’Angélique Gérard fait aujourd’hui comme elle a toujours fait toute chose : naturellement et sans effort. Par conviction et envie aussi ;  « J’ai eu beaucoup de chance, résume-t-elle. Cela me donne un vrai devoir d’accompagnement et d’aide aux autres ». Comme dans un souci de juste équilibre.  

 

 

 

 

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